Les incontournables : Simone Veil

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Simbolo di coraggio e forza

LES INCONTOURNABLES

Simone Veil ha combattuto con fierezza non soltanto per sé ma per tutte le donne, raggiungendo importanti traguardi di civiltà.

di Manuela Vico

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« Nous ne sommes jamais sortis de la Shoah, nous vivons dans la Shoah »

Simone Veil est née le 13 juillet 1927 dans une famille juive laïque. Son père André Jacob, ancien combattant de 14-18 était un homme de droite marqué par un long emprisonnement en Allemagne. Sa mère Yvonne, qu’on surnommait « Greta Garbo » pour sa grande beauté, abandonna ses études de chimie à la demande de son mari. Ce fut un déchirement ; elle conjura cette amertume en répétant à ses trois filles que le prix de la liberté pour une femme est le travail. Benjamine d’une famille de quatre enfants, Simone vit son enfance dans le cadre enchanteur de Nice. Chez les Jacob, la culture est au centre des conversations. En octobre 1940, le maréchal Pétain signe les premières lois sur le statut des juifs à qui il est interdit d’exercer certains métiers. Six mois plus tard il leur faut s’enregistrer à la préfecture. Le 10 septembre 1943, les troupes allemandes entrent à Nice. Des rafles incessantes commencent et Simone est chassée de sa classe de terminale. Son prof de philo corrige en cachette ses dissertations et le 28 mars 1944 elle passe l’épreuve du bac. Deux jours plus tard, surprise par un contrôle d’agents de la Gestapo, elle est arrêtée sur-le-champ. Simone est vite rejointe par sa mère, Milou sa sœur aînée et Jean son petit frère. Le 7 avril, ils se retrouvent tous les quatre dans un train pour Drancy. Quelques jours plus tard, André Jacob, arrêté à son tour, arrive à Drancy. Il partira le 15 mai 1944 avec son fils Jean vers les Pays baltes d’où ils ne reviendront pas. Le 13 avril, Simone, sa mère et sa sœur aînée partent vers l’Europe centrale. Le voyage dure deux jours jusqu’à Auschwitz-Birkenau. La moitié des 1500 déportés du 71ème convoi est aussitôt dirigée vers le four crématoire. Les chambres à gaz tournent à plein régime. Simone, Yvonne et Milou n’auraient sûrement pas survécu à Birkenau sans l’aide d’une kapo polonaise qui les dirige vers le camp de Bobrek. Elles vont y passer six mois. En juillet 44, elles sont transférées à Monowitz. Les Alliés ne sont plus très loin, les SS se déchaînent dans la violence et l’abjection.

Le 30 janvier 1945, les trois femmes échouent à Bergen-Belsen où sévit le typhus. Mi–avril 1945, les troupes anglaises prennent possession de Bergen-Belsen. Le retour en France est long et pénible. Quand un soldat anglais lui demande si elle est mariée, elle lui demande : « Quel âge pensez-vous que j’ai ? » et le soldat pour être galant lui répond « Je ne sais pas… une quarantaine d’année ». Elle a 17 ans et neuf mois et pèse moins de 35 kg. La réadaptation est dure, très dure. Pendant l’été 1945, invitée à Nyon en Suisse, Simone doit faire face à des réflexions déplaisantes, qui semblent insinuer qu’elle a menti. Par exemple la question « Comment s’en est-elle sortie ? » laisse supposer que toute son histoire est une invention, puisqu’il est presque impossible de sortir vivant d’un tel enfer. Quelques années plus tard, un haut fonctionnaire français plaisantera en voyant son tatouage de déportée : « c’est votre numéro de vestiaire ? » Cependant, elle affronte les problèmes avec courage, elle s’inscrit à la faculté de droit à Paris et au nouvel Institut d’études politiques. Dès lors tout va très vite, elle se passionne pour les études et prend plaisir à fréquenter Antoine Veil[1]. Quelques semaines plus tard, ils sont fiancés et se marient le 26 octobre 1946. Leur premier fils Jean naît à la fin de 1947. Puis arrivent Nicolas et Pierre-François.

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En mai 1954, Simone s’inscrit au Parquet Général. Le secrétaire général s’étonne « mais vous êtes mariée ! Vous avez trois enfants. Votre mari va sortir de l’ENA[2] ! Pourquoi voulez-vous travailler ?» De 1957 à 1964, elle est affectée à la direction de l’administration pénitentiaire. L’ancienne déportée s’attaque à la question des femmes en prison. Jean Foyer, Ministre de la Justice, l’affecte à la direction des affaires civiles. Elle travaille sur la situation des handicapés mentaux, des enfants naturels ou adultérins. Elle participe aux travaux de transformation de l’autorité paternelle en autorité parentale. En 1966, elle est la principale rédactrice du rapport sur l’adoption. Sous la présidence du président Georges Pompidou, elle sera nommée secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature. Elle sera la première femme à occuper ce poste. Sous la présidence de son successeur, Valéry Giscard d’Estaing, elle fait partie du gouvernement de Jacques Chirac. Elle est la première femme ministre de la Ve République. Elle occupe le ministère de la Santé. C’est la loi autorisant l’avortement qui restera dans les mémoires. À l’époque, l’avortement est un délit sévèrement puni par la prison. À la tribune de l’Assemblée nationale chauffée à blanc, le 26 novembre 1974, Simone fait face aux outrances et répond point par point à tous les arguments. La loi est votée le 29 novembre à 3 heures 40 du matin. En 1979, elle se présente avec la liste UDF, Union pour la Démocratie française, et devient la première présidente du Parlement européen des 9 pays de la CEE. En mars 1993, sous le président François Mitterrand, elle est nommée ministre d’Etat chargée des Affaires Sociales, de la Santé et de la Ville, lors du gouvernement d’Edouard Balladur. En 1995, malgré son amitié pour Jacques Chirac, elle appelle à voter Balladur. La défaite signera la fin de sa carrière politique. Trois ans plus tard, elle est nommée au Conseil constitutionnel, sage parmi les Sages. De 2001 à 2007, elle préside la Fondation pour la mémoire de la Shoah.

Le 9 octobre 2008 sur la suggestion de deux anciens résistants, Maurice Druon et François Jacob, Simone Veil est élue à l’Académie française. Elle succède à un autre résistant, Pierre Messmer, dans le fauteuil numéro 13 qui fut celui de Jean Racine. Elle est la sixième femme reçue sous la Coupole depuis sa fondation en 1635. Sur son épée, elle fait graver le mot symbole de Birkenau et son numéro de déportée, le 78651. Sa réception, le 18 mars 2010, est un moment de célébration nationale. Elle est reçue sous la Coupole en présence de trois présidents : Nicolas Sarkozy, Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac. Elle est déjà très affaiblie. Après le décès de son mari et de sa sœur en 2013, elle se retire de la vie publique. Elle décède le 30 juin 2017. Sur décision du président Emmanuel Macron, Simone Veil fera son entrée au Panthéon avec son mari.

[1] Antoine Veil: homme politique et haut fonctionnaire français, c’est le fils d’un industriel alsacien. Il échappe de peu à la déportation et se réfugie en Suisse avec sa famille durant la Seconde Guerre mondiale. Mari de Simone Jacob, ils auront trois enfants.
[2] ENA: l’École Nationale d’Administration, a été créée juste après la Seconde guerre mondiale par le Gouvernement provisoire présidé par le Général De Gaulle, dans le but de « refondre la machine administrative française ». Parmi les Présidents français passés par l’ENA, Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac, François Hollande et Emmanuel Macron.

 

Manuela Vico a enseigné dans de différents lycées (lycée linguistique, classique, agricole et commercial). De plus elle a tenu des cours aux adultes et aux étudiants de la « Scuola di Amministrazione Aziendale » de Turin, où elle a été chargée aussi de l’organisation des stages en France. Elle a été chargée aussi des cours de français à la Faculté d’Économie et Commerce. Elle est parmi les membres fondateurs de l’Alliance française de Cuneo, dont elle est la présidente. Depuis avril 2015 elle fait partie du Conseil d’Administration de la Fédération des Alliances d’Italie. Elle est formatrice et collabore avec la maison d’édition Pearson Italie. Elle est co-auteure de manuels scolaires, parmi lesquels Quelle chance et Objectif Esabac, publiés par LANG Edizioni. Elle est journaliste.